Accueil › Blog › Numérique responsable : les chiffres ADEME ont changé en 2025

La plupart des ateliers de sensibilisation au numérique responsable vendus aujourd’hui en France reposent sur une répartition publiée en 2022 et portant sur les données de 2020 : les terminaux pèseraient 79 % de l’impact. L’actualisation publiée par l’ADEME et l’Arcep en janvier 2025, sur les données 2022, donne une image très différente. Les conséquences pédagogiques sont importantes, parce que le discours des éco-gestes change littéralement de cible.
Ce que pèse le numérique en France, chiffres nationaux
L’actualisation publiée en janvier 2025 par l’ADEME et l’Arcep, portant sur l’année 2022, établit que le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2. L’ADEME situe cet ordre de grandeur à proximité des émissions du transport de marchandises par poids lourds. Le chiffre issu de l’étude précédente, calculé sur les données 2020, était de 2,5 %. L’écart s’explique en partie par un élargissement du périmètre de mesure, sur lequel nous revenons plus bas, et en partie par une croissance réelle.
Sur le plan électrique, le numérique représente 11 % de la consommation française, soit 51,5 TWh pour les usages nationaux, et 65 TWh si l’on inclut les centres de données situés à l’étranger qui servent les usages français. À titre de comparaison, la consommation électrique totale de l’Île-de-France s’établit à 66,6 TWh. Ce rapprochement est très utile en séance de sensibilisation : il transforme un chiffre abstrait en une quantité que les participants peuvent se représenter.
Un troisième chiffre mérite d’être retenu, parce qu’il déplace le regard de l’usage vers la fabrication. La production des équipements représente à elle seule 17,8 millions de tonnes équivalent CO2 et mobilise 117 millions de tonnes de ressources par an, métaux, minéraux, plastiques et eau, soit environ 1,7 tonne par personne et par an en France. L’essentiel de l’impact d’un appareil est donc décidé avant même qu’on l’allume pour la première fois.
Le basculement que presque personne n’a intégré
Voici la répartition de l’impact selon les deux études, présentées côte à côte parce que c’est la comparaison qui compte et qu’elle n’est presque jamais faite. Sur les données 2020, l’étude initiale attribuait 79 % de l’impact aux terminaux, 16 % aux centres de données et 5 % aux réseaux. Sur les données 2022, l’actualisation attribue 50 % aux terminaux, 46 % aux centres de données et seulement 4 % aux réseaux.
- Données 2020 : terminaux 79 %, centres de données 16 %, réseaux 5 %.
- Données 2022 : terminaux 50 %, centres de données 46 %, réseaux 4 %.
- La part des centres de données a donc été multipliée par près de trois entre les deux publications.
Ce que ce tableau ne dit pas
Il est important de ne pas surinterpréter cette comparaison. Les terminaux ne se sont pas allégés : leur fabrication pèse toujours 17,8 millions de tonnes équivalent CO2, et l’Arcep observe dans son enquête publiée en 2026 que la taille des écrans continue d’augmenter sur toutes les catégories d’appareils, ce qui amplifie l’impact de fabrication comme celui de l’usage. Ce qui a changé, c’est la place relative des centres de données dans le total, et le fait que la sensibilisation doive désormais les traiter.
Pourquoi les centres de données sont passés de 16 % à 46 %
Deux raisons se cumulent, et il faut les présenter ensemble sous peine de rendre la comparaison trompeuse. La première est méthodologique. L’étude initiale ne comptabilisait que les centres de données implantés en France. L’actualisation intègre les infrastructures hébergées à l’étranger, qui servent 53 % des usages français. Le périmètre de mesure s’est donc élargi pour correspondre à la réalité d’un nuage informatique dont la localisation est indifférente à l’utilisateur. La seconde raison est bien réelle : de nouvelles capacités sont entrées en service entre les deux études.
Les données sectorielles publiées ensuite confirment la tendance. Dans son enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », édition 2026 portant sur les données 2024, l’Arcep relève pour les centres de données une hausse de 12 % de la consommation électrique et de 23 % des émissions de gaz à effet de serre, l’écart entre ces deux évolutions s’expliquant par la carbonation du mix électrique. L’Île-de-France concentre plus de 70 % de la consommation électrique de ces installations.
À l’inverse, les réseaux ne sont pas le problème que l’on décrit parfois. Toujours selon l’Arcep, les émissions des principaux opérateurs de réseaux s’élèvent à 401 000 tonnes équivalent CO2, en hausse de 1 % sur un an, et la consommation des réseaux fixes s’est stabilisée à 4,1 TWh en 2024, une première depuis 2017. La bascule du cuivre vers la fibre a réduit la consommation du fixe de 16 %, ce qui est l’une des rares bonnes nouvelles du dossier.
Ce que cela change dans le discours de sensibilisation
Le discours dominant des ateliers de sensibilisation découle directement des chiffres de 2020. Puisque les terminaux pesaient 79 %, le message était : gardez votre téléphone plus longtemps, réparez, achetez reconditionné. Ce message reste juste et il doit être conservé, la fabrication demeurant le premier poste en valeur absolue. Mais s’il constitue l’intégralité de la sensibilisation, il laisse hors du champ un poste qui pèse désormais 46 % de l’impact et dont la croissance est la plus rapide des trois.
La seconde partie du discours classique vieillit moins bien. Le geste consistant à supprimer ses courriels mobilise une énergie de sensibilisation considérable pour un effet marginal, alors que les réseaux ne représentent que 4 % de l’impact. Il a un défaut supplémentaire : il donne au salarié le sentiment d’avoir agi, ce qui réduit sa disponibilité mentale pour des décisions qui comptent davantage. Un atelier qui consacre vingt minutes au tri des boîtes aux lettres et cinq minutes aux choix d’hébergement est mal calibré.
Le rééquilibrage à opérer est identifiable. Il consiste à traiter, à côté des gestes d’équipement, les décisions qui engagent des ressources de calcul et de stockage : les environnements de test laissés allumés, la conservation sans fin de données jamais relues, la vidéo activée par défaut dans toutes les réunions, le recours systématique à un modèle génératif pour des tâches qu’une recherche simple traiterait. Ce sont des arbitrages quotidiens, donc des sujets de sensibilisation collective.
L’IA générative, angle mort des chiffres actuels
Il faut être précis sur ce point, parce que c’est là que le débat public dérape le plus souvent. L’ADEME indique elle-même que les données de 2022 ne reflètent pas encore la montée en puissance de l’IA générative. Les chiffres officiels français les plus récents ne mesurent donc pas l’effet de la vague qui a suivi. Cela ne signifie pas qu’il faut inventer une estimation ou reprendre un chiffre trouvé sur un réseau social. Cela signifie qu’il faut citer les chiffres avec leur année et dire clairement ce qu’ils ne couvrent pas.
Le scénario tendanciel établi par l’ADEME et l’Arcep prévoit une hausse de 45 % de l’empreinte carbone du numérique d’ici 2030 et une multiplication par trois à l’horizon 2050, avec une consommation électrique portée à 93 TWh dont 39 TWh pour les seuls centres de données. Une projection n’est pas une mesure et il faut la présenter comme telle devant un public. Elle a cependant une vertu pédagogique réelle : elle montre que la trajectoire actuelle n’a rien de neutre.
Pour une entreprise, la conséquence pratique est qu’un dispositif de sensibilisation au numérique responsable et un dispositif sur l’usage de l’intelligence artificielle ne devraient plus être conçus séparément. Les mêmes salariés prennent les mêmes décisions dans les mêmes outils. Traiter l’IA uniquement sous l’angle de la conformité et le numérique responsable uniquement sous l’angle du tri des courriels laisse le sujet réel quelque part entre les deux, sans propriétaire.
Du chiffre au réflexe : ce qu’une sensibilisation doit produire
Citer des chiffres à jour est nécessaire mais ne suffit pas. Une présentation en séance plénière avec de bons chiffres produit souvent le même effet qu’une présentation avec de mauvais chiffres : de l’attention pendant quarante minutes et très peu de changement ensuite. Ce qui distingue une action utile est qu’elle place les participants devant des arbitrages concrets, avec des contraintes réelles de budget, de délai et de confort, et qu’elle les oblige à choisir. C’est précisément le principe d’un serious game.
Trois critères permettent de juger une offre de sensibilisation au numérique responsable. Le premier est la date des chiffres utilisés : si la répartition présentée est encore celle de 2020, le contenu n’a pas été mis à jour depuis au moins deux ans. Le deuxième est la présence effective des centres de données et de l’IA dans le contenu, et pas seulement des terminaux et des courriels. Le troisième est la nature des gestes proposés : sont-ils vérifiables dans votre entreprise, ou sont-ils génériques et interchangeables.
Le fil est le même que pour les autres obligations qui pèsent sur les entreprises : produire une attestation de sensibilisation est facile, faire bouger une pratique l’est beaucoup moins. Une direction RSE qui veut des résultats gagne à relier son action de sensibilisation à un ou deux indicateurs qu’elle suit déjà, durée de conservation des données, taux de renouvellement du parc, volume de stockage facturé par son hébergeur. Le document coché ne vaut pas la compétence acquise.
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Questions fréquentes
Quelle part le numérique représente-t-il dans les émissions françaises ?
4,4 % de l’empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2, selon l’actualisation publiée par l’ADEME et l’Arcep en janvier 2025 sur les données de l’année 2022. Le numérique pèse par ailleurs 11 % de la consommation électrique française, soit 51,5 TWh, ou 65 TWh si l’on inclut les centres de données situés à l’étranger qui servent les usages français.
Les terminaux représentent-ils toujours 79 % de l’impact du numérique ?
Non. Ce chiffre provient de l’étude portant sur les données 2020. L’actualisation de janvier 2025, sur les données 2022, donne 50 % pour les terminaux, 46 % pour les centres de données et 4 % pour les réseaux. Les terminaux restent le premier poste, mais leur part relative a fortement baissé au profit des centres de données.
Pourquoi la part des centres de données a-t-elle autant augmenté ?
Pour deux raisons cumulées. La première est méthodologique : l’actualisation intègre les infrastructures hébergées à l’étranger, qui servent 53 % des usages français, ce que l’étude initiale ne faisait pas. La seconde est réelle : de nouvelles capacités sont entrées en service entre les deux études. Il ne s’agit donc pas d’un effondrement de l’impact des terminaux.
Faut-il encore demander aux salariés de supprimer leurs courriels ?
C’est un geste de faible rendement. Les réseaux ne représentent que 4 % de l’impact du numérique en France. Le tri des messageries a surtout le défaut de donner le sentiment d’avoir agi. Une sensibilisation utile traite en priorité la durée de vie des équipements et les décisions qui engagent des ressources de calcul et de stockage.
Les chiffres ADEME intègrent-ils l’impact de l’IA générative ?
Non, et l’ADEME le précise elle-même : les données de 2022 ne reflètent pas encore la montée en puissance de l’IA générative. Les chiffres officiels français les plus récents ne mesurent donc pas l’effet de cette vague. Il faut les citer avec leur année et dire explicitement ce qu’ils ne couvrent pas, plutôt que d’avancer une estimation invérifiable.
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Sources
- Numérique écoresponsable (DINUM), actualisation des chiffres ADEME
- ADEME Infos, Numérique, quel impact environnemental en 2022 ?
- ADEME, dossier de presse Numérique et environnement, 9 janvier 2025
- Arcep, étude ADEME et Arcep sur l’empreinte environnementale du numérique
- Arcep, enquête annuelle Pour un numérique soutenable, édition 2026
- Arcep, rapport Intelligence artificielle générative, quels défis environnementaux ?